mardi 11 mai 1999, 15h04

Une mère infanticide condamnée à 20 ans de réclusion criminelle
Par Jean-Pierre BENOIT
(Source AFP)


CHAMBERY, 11 mai (AFP) - Reconnue coupable d'avoir noyé sa fille de 2 ans et 8 mois, dont la garde venait de lui être retirée, Sylvie Odienne, 38 ans, a été condamnée mardi à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Savoie.

L'avocat général avait requis une peine de 18 à 20 ans et la suppression de ses droits civils, civiques et de famille. Le jury, composé de 8 femmes et d'un homme, a délibéré pendant deux heures quinze.

Sylvie Odienne s'est effondrée dans le box à l'énoncé du verdict, et elle a dû être portée inconsciente hors de la salle d'audience par des policiers, tandis que plusieurs membres de sa famille éclataient en sanglots sur les bancs du public. Elle a finalement été conduite à l'hôpital dans une ambulance du SAMU.

Décrite comme une mère aimante mais alcoolique et menant une vie dissolue, Sylvie Odienne avait reçu le samedi 3 janvier 1998 une ordonnance d'un juge des affaires familiales d'Albertville (Savoie), lui retirant la garde de sa fille Chrystal, pour la confier au père de l'enfant.

Comme elle l'a répété plusieurs fois à la Cour, elle ne pouvait admettre que "l'enfant soit confié à son simple géniteur", Christian Manon, un homme avec lequel elle n'avait vécu que quelques semaines. Le père avait rappelé par lettre dès le samedi que l'enfant devait lui être remis le lendemain.

"un amour égocentrique"

Désespérée, elle s'était enivrée et le soir, au moment du bain de l'enfant, elle lui avait maintenu la tête sous l'eau avec une serviette de bains.

"Elle a tué par un fol amour d'elle-même, par narcissisme, par égocentrisme. Elle était suffisamment armée pour résister à ses pulsions", avait martelé l'avocat général, Jean-Claude Berlioz, lors de son réquisitoire.

Une des experts psychiatres avait décrit Sylvie Odienne à l'audience comme une "personnalité gravement pathologique", parlant d'un "amour égocentrique poussé à l'aveuglement". Elle a émis l'hypothèse que son jugement avait pu un moment être altéré.

"Je l'ai vue 25 heures après le drame. C'était une scène effroyable", a raconté Me Caroline Livet, défenseur de Sylvie Odienne. "Elle était effondrée, prostrée, elle tenait une poupée dans ses bras. Elle avait réalisé, elle était anéantie", a-t-elle poursuivi.

"Avant l'acte elle était normale, après l'acte elle était normale, personne ne peut donner une explication de ce qui s'est passé", a-t-elle conclu, "suppliant les jurés" de laisser au fils qui lui reste "une chance de connaître sa mère", en ne lui infligeant pas une peine trop longue.

Invitée à s'exprimer, avant que le jury ne se retire pour délibérer, Sylvie Odienne tremblante et visiblement rongée par une terrible souffrance intérieure, comme tout au long du procès, avait déclaré : "il faudrait que les choses puissent changer, que l'on ne puisse plus prendre, avec aussi peu d'éléments, des décisions aussi graves que celle de prendre un enfant à sa mère."

Son avocat a annoncé qu'il allait introduire un pourvoi en cassation.


Quelques commentaires personnels sur cette affaire :
(je ne connais rien du détail des faits si ce n'est ce qui s'est dit dans les médias, néanmoins...)

Ce qui n'est pas dit dans cet article et qui est pourtant fondamental : le père était l'invité d'une emission de télévision peu après les faits et bien avant ce jugement. Ayant appris qu'il avait la garde de sa fille, le père a fait appel aux autorités pour qu'elles s'assurent de la remise de l'enfant car il craignait effectivement une réaction extrême de la mère! Les autorités ont refusé d'intervenir.

"Avant l'acte elle était normale, après l'acte elle était normale, personne ne peut donner une explication de ce qui s'est passé".
... personne sauf si, en tant que témoin privilégié puisque vous avez vécu avec la personne, vous avez déjà assisté à des scènes identiques, des comportements aussi inexplicables et inquiétants que soudains. Quand vient l'heure d'en parler, d'en témoigner car cela concerne directement votre enfant et que son intérêt est en jeu ... personne ne vous écoute ni même ne prend la peine de vérifier!


"il faudrait que les choses puissent changer, que l'on ne puisse plus prendre, avec aussi peu d'éléments, des décisions aussi graves que celle de prendre un enfant à sa mère."
Cette déclaration de la mère est assez monstrueuse, peut-être surtout à cause d'une certaine logique qu'elle contient et qui est exactement celle utilisée par les juges:
Exactement dans le même ordre d'idée, quand dans la presse on entend parler d'un homme qui a massacré sa famille avant de se donner la mort, tout le monde ne peut que s'accorder à parler d'un acte de folie, même si "on" ne sait rien du contexte. Ce qui est sur, c'est qu'il a bien des façons, moins "médiatisées" de détruire une famille et des vies et que cet acte n'est peut-être que l'expression concrète d'une réalité que personne ne voyait. Ce qui est sur également, c'est que "la folie" peut frapper n'importe quel être pour peu qu'il soit humain et ait dans la vie quelque chose de plus cher au monde que lui-même: il faut être particulièrement inhumain pour que quelqu'un s'arroge le droit de vous en priver, mais cela existe!
A suivre...


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