L'empreinte / l'attachement


Une idée reçue les plus fortes qui soit à laquelle on va certainement me reprocher violemment de "m'attaquer" est celle du lien aussi sacré, que mystérieux et profond liant la mère et l'enfant, l'enfant et la mère et que beaucoup considère même comme une loi naturelle et incontestable comme le soleil tournant autour de la terre.
Que les choses soient claires d'entrée : je ne "m'attaque" absolument pas aux mères ni ne vient contester leur amour pour leur enfant, au même titre que celui des pères, mais nous ne sommes plus au moyen âge (il semble pourtant que les juges y soient restés), et il est inconcevable que de nos jours on continue à vivre sur des croyances infondées surtout quand elles concernent les enfants et qu'elles SERVENT DE MOTIVATIONS à des décisions graves pour eux et la société toute entière.
C'est bien cette croyance en un lien inné, automatique, irréductible, etc... de la mère avec son enfant et réciproquement qui est la source plus ou moins avouée de règles de décisions du genre : "il vaut mieux une mauvaise mère que pas de mère du tout!"; "il est incontestable qu'un enfant ait besoin de sa mère", "on ne sépare pas une mère de son enfant", etc...
CONCRETEMENT, ces paroles sont loins d'être théroriques et ces règles SONT APPLIQUEES dans de nombreuses circonstances (comme les divorces): même (cas réel) si une mère maltraite sa petite fille (2 ans), que cela est constaté (marques de coups) à la crèche qui prend l'initiative d'un signalement, plainte à la police, etc... l'enfant est quand même laissé à la mère plutôt que confié au père (parents divorcés) car "il vaut mieux une mauvaise mère que pas de mère du tout!". Cette mentalité est scandaleuse et criminelle (dans les divorces, cela se traduit très souvent par: "il vaut mieux une mauvaise mère qu'un bon père! CQFD"
Non seulement le père est totalement ignoré dans tous ces discours (vous pensez, c'est un simple "géniteur" - et pourvoyeur de fonds!) mais surtout: IL EXISTE par contre un phénomène NATUREL, constaté et prouvé expérimentalement dans le domaine animal ainsi que chez les mammifères, en total accord avec le caractère indélébile, profond, automatique qui caractérise le LIEN entre un enfant et ses parents, en total accord avec la réalité quotidienne, qui explique les anomalies parfois constatées, mais conduit à des conclusions et des règles de décision très différentes. Ce phénomène est celui de l'EMPREINTE: (cf : articles et bibliographie sur le sujet)
Sans entrer dans les détails, il se matérialise après la naissance par l'existence d'un instant extrêmement bref et important (qq minutes parfois!) où le nouveau né s'attache de façon définitive et extrêmement forte à ce qui l'entoure à ce moment très particulier: en règle générale, c'est évidemment sa mère! (La réciproque est d'ailleurs aussi vraie: l'attachement de la mère au nouveau né se fait durant ce court moment avec CELUI QUI EST PRESENT à cet instant, même si ce n'est pas biologiquement le sien!). Des expériences ont prouvé cela chez de nombreuses espèces de mammifères (dont nous sommes!).
Qui n'est pas impressionné par des canetons suivant leur mère avec un empressement stimulant l'imagination de l'intensité de l'attachement (amour?) qu'ils semblent éprouver qui nous conforte dans nos préjugés sur son origine?
Regardez les films des travaux d'un certain K. Lorenz où vous verrez ces mêmes (d'autres!) canetons suivre de façon toute aussi indéfectible et irrémédiable un arrosoir ou un seau ou... un homme, simplement parce que ce sont ces objets qu'on a mis à leur contact pendant ce court instant de l'EMPREINTE!!! Il est évidemment impassable de réaliser des expériences de ce type chez l'homme... mais RIEN ne permet de dire que cela ne soit pas également le cas, au contraire. Si on peut penser que en pratique cela ne change pas grand chose (au lieu d'être inné, l'attachement est acquis spontanément), CELA CHANGE TOUT dans de nombreuses circonstances et explique bien des échecs!
Je pense en particulier aux césariennes de plus en plus pratiquées où, le plus souvent, l'enfant est séparé de sa mère pendant un temps suffisamment long pour justement rater le rendez-vous de cet instant privilégié! Il semble que personne n'y pense...
Beaucoup de pères sont présents et participent à la naissance de leur enfant!
Comme par hasard, à l'origine des faits qui justifient ce site, notre fille est née par césarienne, a passé les 3 premières heures de sa vie dans mes bras à lui donner le biberon, (sa mère étant en salle de réveil, on me refusait d'aller la voir), ...
La suite vous la connaissez et QUELLE QU'EN SOIT l'explication, je refuse catégoriquement, après avoir élevé seul ma fille pendant ses 9 premiers mois, qu'on la sépare de moi au prétexte, pour sa mère qu'elle n'en voulait pas!, pour la Justice que je ne suis QUE le père , dans l'intérêt de l'enfant!!

La seule chose qui soit sacrée ici bas, ce sont les enfants, c'est l'amour et le respect que l'on a pour eux, qu'ils viennent de ses parents, d'un seul, d'aucun parfois. Aussi terrible que cela soit de le dire, la réalité est là et il n'est pas supportable qu'ils aient à souffrir de l'irresponsabilité des uns ou des autres, et surtout pas des juges.

...
Octobre 2000 :
je ne résiste pas à l'envie de vous livrez ce passage d'un livre sur la naissance
(que j'ai récemment lu à l'occasion de la naissance de ma deuxième fille !)
(Notes : le texte en gras ou souligné l'est par moi)

L'ATTACHEMENT ENTRE LES PARENTS ET LEUR BÉBÉ


Dans les minutes et les heures qui suivent la naissance, un bébé
découvre le monde et rencontre ses parents pour la première fois
(de ce côté-ci de l'utérus, si je peux dire !). Ceux-ci découvrent leur
enfant, l'être humain qui partagera désormais leur vie et qu'ils auront
la tâche et le bonheur de protéger, de nourrir et d'aimer. Il n'est pas
difficile de comprendre l'importance de ce moment-charnière. Après
tout, on n'a pas deux fois la chance de faire une première impression !
C'est si important, que même physiquement, les conditions favo-
rables à une telle rencontre font partie du déroulement de
l'accouchement : toutes les hormones, libérées dans l'organisme du
bébé et dans celui de sa mère par le travail, contribuent à créer une
sensibilité exceptionnelle qui les rend encore plus réceptifs l'un à
l'autre. Quand le père s'est laissé toucher émotivement dans l'expé-
rience de l'accouchement, il ressent aussi ce bouillonnement inté-
rieur qui le prépare à rencontrer son bébé.

Le processus de l'attachement


Dès qu'il a fini d'apprivoiser son premier contact avec l'air, par sa
respiration, le bébé commence à explorer cet univers qui est désor-
mais le sien ! Il est alors dans cet état particulier aux nouveau-nés :
calme, alerte, attentif. Il ne bouge à peu près pas, tout occupé qu'il
est à voir, à écouter, à sentir, toucher et goûter. Les parents, chacun
à leur manière, eux aussi, explorent, regardent, parlent, écoutent,
touchent.
C'est le moment où j'aime m'effacer le plus possible. Le bruit,
la lumière crue, les paroles dérangent. Sur la pointe des pieds, j'éteins
ou je détourne la source de lumière, je me tais et fais signe aux autres
de faire de même, j'apporte la couverture chaude qui réconforte,
détend et permet, dessous, le contact peau à peau qui recrée une con-
tinuité avec la vie intra-utérine pour le bébé et pour sa mère. Au
besoin, j'aide la mère à trouver la position qui lui sera confortable
et qui lui permettra d'avoir son bébé bien en face d'elle, pour être
là lorsqu'il ouvrira les yeux et pour se trouver dans une position qui
amènera spontanément la première tétée. Le père trouve, lui aussi,
la place qui lui permet de bien voir le bébé pendant qu'ii est en face
de sa mère. Personne ne devrait entrer bruyamment dans cette cham-
bre, jusqu'à ce que les parents, d'eux-mêmes, émergent doucement
de la bulle qui s'y est créée.

La rencontre


Le nouveau-né arrive tout prêt pour cette rencontre : calme, actif
et conscient, il réagit aux stimulations et envoie des signaux par des
petits sons, ses mouvements, ses regards. Son sens le plus en éveil
est celui du toucher et la première région de son corps avec laquelle
il établira une communication est sa bouche, en cherchant le sein
en tétant. Il entend mieux les sons aigus que les sons graves, ce qui
est encore plus fascinant quand on réalise que, dans les minutes qui
suivent la naissance, les mères parlent spontanément à leur bébé avec
une voix nettement plus aiguë qu'à l'ordinaire. Il voit clairement, mais
seulement entre 9 et 12 pouces de ses yeux... c'est-à-dire la distance
à laquelle son visage se trouve du vôtre quand il est dans vos bras
(le reste de l'univers n'a encore que peu d'intérêt pour lui). Ce qui
l'intéresse le plus, c'est de trouver un visage humain et de le regar
der attentivement! Le regard clair et ouvert d'un nouveau-né de quel
ques minutes, de quelques secondes parfois, ferait fondre un coeur
de pierre ! Pas étonnant qu'il fasse fondre le coeur de ceux qui l'atten
daient déjà avec amour.

Les chercheurs parmi les premiers à s'intéresser aux nouveau-
nés dans leurs premières heures de vie ont découvert en eux des êtres
humains complets, capables de réactions, d'émotions et
d'apprentissage. Ils se sont intéressés aux heures qui suivent la nais-
sance et ont donné le nom d'« attachement » (bonding) au processus
qui y prend place. Au début, ils n'ont étudié que les interactions avec
la mère pour se rendre compte un peu plus tard, que le même pro-
cessus agissait aussi sur le père!
D'ailleurs, leur premier livre s'appe-
lait Maternal-infant bonding, alors que l'édition revisée quelques
années plus tard s'appelait Parent-infant bonding!

L'attachement


Ce lien avec des adultes prêts à s'occuper de lui est un moyen de sur-
vie pour le nouveau-né. C'est si important que, chez les mammifères
(dont nous sommes, ne nous en déplaise !), chaque espèce a déve-
loppé sa propre manière d'assurer que la mère reconnaisse son petit
parmi les autres, et le petit, sa mère, et qu'un lien mutuel invisible
les unisse, garantissant au petit protection, chaleur et nourriture. On
a observé ces comportements d'attachement chez les singes, les chats,
les moutons, les chèvres, etc. Chez les animaux, c'est à la naissance
surtout que se construit cette reconnaissance mutuelle. Par exem-
ple, quand la chèvre accouche de son petit, elle se tourne immédia-
tement vers lui et se met à le lécher, à la fois pour l'assécher et pour
le stimuler. Puis le chevreau, déjà debout, cherche à téter sa mère
qui se place pour lui faciliter la tâche. Si on sépare la chèvre de son
petit avant qu'elle ne le lèche et qu'on le lui rapporte une heure plus
tard, elle ne le reconnaîtra pas et refusera absolument de l'allaiter.

Par contre, si on la laisse avec son petit ne serait-ce que cinq minu-
tes après la naissance, elle le reconnaîtra même trois heures plus tard
et l'acceptera comme sien.

Chez les humains, où la relation entre les parents et leur petit
sera beaucoup plus longue et plus complexe, la nature, généreuse et
prévoyante, a cru bon d'allonger sérieusement la période pendant
laquelle cet attachement est possible. Marshall Klaus, un chercheur
américain, auteur de Maternal-Infant Bonding, a demandé à une
centaine de femmes, à quel moment elles s'étaient vraiment senties
« en amour » avec leur bébé. Près de la moitié ont répondu pendant
la grossesse, le quart, à la naissance, un autre quart dans la première
semaine, et quelques-unes après la première semaine. C'est aussi ce
que j'ai observé. Quand je vois les femmes pendant leur grossesse,
il vient un moment où ce qu'elle porte en elle est plus qu'une pro-
messe, un projet, une idée d'enfant, c'est une personne. Le change-
ment se fait tranquillement pour certaines, c'est une révélation
soudaine pour d'autres.
...
[Klaus, M. & Kennell, J. (1982) Parent-Infant Bonding (2ème édition) London: Mosby Company]


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