| L'empreinte / l'attachement |
|
La seule chose qui soit sacrée ici bas, ce sont les enfants, c'est l'amour et le respect que l'on a pour eux, qu'ils viennent de ses parents, d'un seul, d'aucun parfois. Aussi terrible que cela soit de le dire, la réalité est là et il n'est pas supportable qu'ils aient à souffrir de l'irresponsabilité des uns ou des autres, et surtout pas des juges. |
L'ATTACHEMENT ENTRE LES PARENTS ET LEUR BÉBÉDans les minutes et les heures qui suivent la naissance, un bébé découvre le monde et rencontre ses parents pour la première fois (de ce côté-ci de l'utérus, si je peux dire !). Ceux-ci découvrent leur enfant, l'être humain qui partagera désormais leur vie et qu'ils auront la tâche et le bonheur de protéger, de nourrir et d'aimer. Il n'est pas difficile de comprendre l'importance de ce moment-charnière. Après tout, on n'a pas deux fois la chance de faire une première impression ! C'est si important, que même physiquement, les conditions favo- rables à une telle rencontre font partie du déroulement de l'accouchement : toutes les hormones, libérées dans l'organisme du bébé et dans celui de sa mère par le travail, contribuent à créer une sensibilité exceptionnelle qui les rend encore plus réceptifs l'un à l'autre. Quand le père s'est laissé toucher émotivement dans l'expé- rience de l'accouchement, il ressent aussi ce bouillonnement inté- rieur qui le prépare à rencontrer son bébé. Le processus de l'attachementDès qu'il a fini d'apprivoiser son premier contact avec l'air, par sa respiration, le bébé commence à explorer cet univers qui est désor- mais le sien ! Il est alors dans cet état particulier aux nouveau-nés : calme, alerte, attentif. Il ne bouge à peu près pas, tout occupé qu'il est à voir, à écouter, à sentir, toucher et goûter. Les parents, chacun à leur manière, eux aussi, explorent, regardent, parlent, écoutent, touchent. C'est le moment où j'aime m'effacer le plus possible. Le bruit, la lumière crue, les paroles dérangent. Sur la pointe des pieds, j'éteins ou je détourne la source de lumière, je me tais et fais signe aux autres de faire de même, j'apporte la couverture chaude qui réconforte, détend et permet, dessous, le contact peau à peau qui recrée une con- tinuité avec la vie intra-utérine pour le bébé et pour sa mère. Au besoin, j'aide la mère à trouver la position qui lui sera confortable et qui lui permettra d'avoir son bébé bien en face d'elle, pour être là lorsqu'il ouvrira les yeux et pour se trouver dans une position qui amènera spontanément la première tétée. Le père trouve, lui aussi, la place qui lui permet de bien voir le bébé pendant qu'ii est en face de sa mère. Personne ne devrait entrer bruyamment dans cette cham- bre, jusqu'à ce que les parents, d'eux-mêmes, émergent doucement de la bulle qui s'y est créée. La rencontreLe nouveau-né arrive tout prêt pour cette rencontre : calme, actif et conscient, il réagit aux stimulations et envoie des signaux par des petits sons, ses mouvements, ses regards. Son sens le plus en éveil est celui du toucher et la première région de son corps avec laquelle il établira une communication est sa bouche, en cherchant le sein en tétant. Il entend mieux les sons aigus que les sons graves, ce qui est encore plus fascinant quand on réalise que, dans les minutes qui suivent la naissance, les mères parlent spontanément à leur bébé avec une voix nettement plus aiguë qu'à l'ordinaire. Il voit clairement, mais seulement entre 9 et 12 pouces de ses yeux... c'est-à-dire la distance à laquelle son visage se trouve du vôtre quand il est dans vos bras (le reste de l'univers n'a encore que peu d'intérêt pour lui). Ce qui l'intéresse le plus, c'est de trouver un visage humain et de le regar der attentivement! Le regard clair et ouvert d'un nouveau-né de quel ques minutes, de quelques secondes parfois, ferait fondre un coeur de pierre ! Pas étonnant qu'il fasse fondre le coeur de ceux qui l'atten daient déjà avec amour. Les chercheurs parmi les premiers à s'intéresser aux nouveau- nés dans leurs premières heures de vie ont découvert en eux des êtres humains complets, capables de réactions, d'émotions et d'apprentissage. Ils se sont intéressés aux heures qui suivent la nais- sance et ont donné le nom d'« attachement » (bonding) au processus qui y prend place. Au début, ils n'ont étudié que les interactions avec la mère pour se rendre compte un peu plus tard, que le même pro- cessus agissait aussi sur le père! D'ailleurs, leur premier livre s'appe- lait Maternal-infant bonding, alors que l'édition revisée quelques années plus tard s'appelait Parent-infant bonding! L'attachementCe lien avec des adultes prêts à s'occuper de lui est un moyen de sur- vie pour le nouveau-né. C'est si important que, chez les mammifères (dont nous sommes, ne nous en déplaise !), chaque espèce a déve- loppé sa propre manière d'assurer que la mère reconnaisse son petit parmi les autres, et le petit, sa mère, et qu'un lien mutuel invisible les unisse, garantissant au petit protection, chaleur et nourriture. On a observé ces comportements d'attachement chez les singes, les chats, les moutons, les chèvres, etc. Chez les animaux, c'est à la naissance surtout que se construit cette reconnaissance mutuelle. Par exem- ple, quand la chèvre accouche de son petit, elle se tourne immédia- tement vers lui et se met à le lécher, à la fois pour l'assécher et pour le stimuler. Puis le chevreau, déjà debout, cherche à téter sa mère qui se place pour lui faciliter la tâche. Si on sépare la chèvre de son petit avant qu'elle ne le lèche et qu'on le lui rapporte une heure plus tard, elle ne le reconnaîtra pas et refusera absolument de l'allaiter. Par contre, si on la laisse avec son petit ne serait-ce que cinq minu- tes après la naissance, elle le reconnaîtra même trois heures plus tard et l'acceptera comme sien. Chez les humains, où la relation entre les parents et leur petit sera beaucoup plus longue et plus complexe, la nature, généreuse et prévoyante, a cru bon d'allonger sérieusement la période pendant laquelle cet attachement est possible. Marshall Klaus, un chercheur américain, auteur de Maternal-Infant Bonding, a demandé à une centaine de femmes, à quel moment elles s'étaient vraiment senties « en amour » avec leur bébé. Près de la moitié ont répondu pendant la grossesse, le quart, à la naissance, un autre quart dans la première semaine, et quelques-unes après la première semaine. C'est aussi ce que j'ai observé. Quand je vois les femmes pendant leur grossesse, il vient un moment où ce qu'elle porte en elle est plus qu'une pro- messe, un projet, une idée d'enfant, c'est une personne. Le change- ment se fait tranquillement pour certaines, c'est une révélation soudaine pour d'autres. ... [Klaus, M. & Kennell, J. (1982) Parent-Infant Bonding (2ème édition) London: Mosby Company] |